De temps en temps la France me tape sur le système. Même la France queer.
J'ai fais un constat assez vite en arrivant en Suède. En France, pour mes amiEs et mes ennemiEs, queer ça signifie androgyne. C'est une identité de genre qui mélange masculin et féminin ou bien qui va au-delà. D'ailleurs ça vient de la super théorie de Judith Butler qu'on a pas lu et qui s'appelle Trouble dans le Genre. Bon en gros la théorie c'est que le genre ben c'est pas naturel, c'est performatif. Le genre ça existe pas vraiment, ça se fait. Surtout, à coup de colle à poil et de rouge à lèvres, mesdames et messieurs, le genre ça se dé-cons-struit. si,si.
Bon. Mon but n'est pas de tourner en ridicule cette vision. Elle fait partie de la façon dont j'ai découvert, vécu et envisage encore le mot queer. Parce que le rouge à lèvres et la colle à poil c'était extrêmement subversif dans la communauté lesbienne dont je viens. Parce que le jour où on s'est mis à faire du sexe et de la politique plutôt qu'à se taper dessus pour des histoires d'ex ma vie a vraiment changé. Parce que le genre est une donnée politique extrêmement importante, particulièrement dans le combat LGBT et que pour une raison mystérieuse elle en était systématiquement éjectée (pas de féminisme, pas de trans, pas de sex-work, pas de réflexion pour ceux/lles qui se font agresser dans la rue justement à cause de leur expression de genre). Parce que tout d'un coup c'était enfin valorisé d'être quelqu'unE de "politique" et militant. Parce que je l'ai pas lu en entier le livre de Butler mais de ce que j'en ai lu il a le mérite de pousser en avant le concept d'expression de genre et de promouvoir la subversion identitaire comme méthode politique (duh!) et qu'il en a sûrement d'autres. Parce qu'avant les soirées c'était nul surtout si t'avais pas d'amiEs et que là tout d'un coup pour une autre raison mystérieuse c'était super facile de s'en faire. Parce que tes copines avant n'aurait jamais compris ce que tu trouves à cette fille trop butch ou cette nana trop fem ou comment tu peux sortir avec un mec trans ou une fille trans. Et parce que oui c'est vraiment intéressant et subversif par rapport à la pensée dominante d'examiner tous les aspects du genre qui sont socialement construits (mais ils le sont pas tous). OUI le queer ça existe vraiment à Paris. Oui, il s'est passé un truc qui a libéré plein de gens. Et qui les a amené à se rencontrer.
Le problème c'est que dans le discours politique, queer ça va pas très loin à Paris. Si je suis insatisfaite c'est parce que le débat se situe constamment sur les sujets de genre et comme le féminisme n'a pas la côte en France, on surfe sur les problématiques trans. Voilà mais pour moi queer ça veut pas dire trans (quelque soit la définition que vous donnez à ce terme). Et parfois j'ai un peu l'impression d'être la seule.
Pour moi queer ça veut dire : qui ne rentre pas dans la norme hétérosexuelle. Cette norme hétérosexuelle je l'appelle l'hétéronorme et parce que tout le monde la reproduit un peu tous les jours (même nous), je parle d'hétéronormativité.
L'hétéronormativité c'est un ensemble de normes sur la sexualité, le genre et les comportements sociaux qui y sont associés.
Si vous êtes conscients de ne pas rentrer dans cette norme, et qu'en plus vous y résistez ostensiblement, avec fierté et enfin que vous travaillez activement à l'abattre, vous êtes queer.
Si vous ne voulez pas être normal, si vous ne voulez pas rentrer dans le rang, si vous ne voulez pas être toléré et en plus avoir à dire merci, vous êtes queer.
Si vous ça vous va de vivre dans les marges, que vous trouvez qu'on s'y amuse plus de toutes façon, vous êtes queer.
Et cela est vrai quelque soit votre orientation sexuelle, identité de genre, expression de genre, et le nombre de piercings et tatouages que vous avez.
Vous êtes queer si vous êtes déviantEs. Vous pouvez dévier sur un ou deux trucs. Exemple vous avez été assigné homme à la naissance et vous vous considérez comme un homme avec une expression de genre masculine, mais bon vous êtes homo. Ou travailleur du sexe. Bon et y a ceux/celles qui cumulent un peu plus, comme moi. Mais ça nous rend pas "mieux" que les autres hein. et au final pour notre combat qu'est-ce que ça change? Plus il y a de gens qui prennent conscience de cette norme et de son caractère oppressif plus il y aura de gens pour l'abattre (ça tombe bien y a du boulot).
Je ne sais pas pourquoi à Paris on ne parle jamais de normes.
C'est un autre mystère. Pourquoi le queer a explosé sur la base d'un bouquin qui a mis 20 ans avant d'être disponible en France et qui au final est assez théorique plutôt que sur l'idée toute simple qu'il y a une norme hétérosexuelle et qu'on sera libre et heureux si on l'abat plutôt que de s'efforcer à être normal?
J'ai fais un constat assez vite en arrivant en Suède. En France, pour mes amiEs et mes ennemiEs, queer ça signifie androgyne. C'est une identité de genre qui mélange masculin et féminin ou bien qui va au-delà. D'ailleurs ça vient de la super théorie de Judith Butler qu'on a pas lu et qui s'appelle Trouble dans le Genre. Bon en gros la théorie c'est que le genre ben c'est pas naturel, c'est performatif. Le genre ça existe pas vraiment, ça se fait. Surtout, à coup de colle à poil et de rouge à lèvres, mesdames et messieurs, le genre ça se dé-cons-struit. si,si.
Bon. Mon but n'est pas de tourner en ridicule cette vision. Elle fait partie de la façon dont j'ai découvert, vécu et envisage encore le mot queer. Parce que le rouge à lèvres et la colle à poil c'était extrêmement subversif dans la communauté lesbienne dont je viens. Parce que le jour où on s'est mis à faire du sexe et de la politique plutôt qu'à se taper dessus pour des histoires d'ex ma vie a vraiment changé. Parce que le genre est une donnée politique extrêmement importante, particulièrement dans le combat LGBT et que pour une raison mystérieuse elle en était systématiquement éjectée (pas de féminisme, pas de trans, pas de sex-work, pas de réflexion pour ceux/lles qui se font agresser dans la rue justement à cause de leur expression de genre). Parce que tout d'un coup c'était enfin valorisé d'être quelqu'unE de "politique" et militant. Parce que je l'ai pas lu en entier le livre de Butler mais de ce que j'en ai lu il a le mérite de pousser en avant le concept d'expression de genre et de promouvoir la subversion identitaire comme méthode politique (duh!) et qu'il en a sûrement d'autres. Parce qu'avant les soirées c'était nul surtout si t'avais pas d'amiEs et que là tout d'un coup pour une autre raison mystérieuse c'était super facile de s'en faire. Parce que tes copines avant n'aurait jamais compris ce que tu trouves à cette fille trop butch ou cette nana trop fem ou comment tu peux sortir avec un mec trans ou une fille trans. Et parce que oui c'est vraiment intéressant et subversif par rapport à la pensée dominante d'examiner tous les aspects du genre qui sont socialement construits (mais ils le sont pas tous). OUI le queer ça existe vraiment à Paris. Oui, il s'est passé un truc qui a libéré plein de gens. Et qui les a amené à se rencontrer.
Le problème c'est que dans le discours politique, queer ça va pas très loin à Paris. Si je suis insatisfaite c'est parce que le débat se situe constamment sur les sujets de genre et comme le féminisme n'a pas la côte en France, on surfe sur les problématiques trans. Voilà mais pour moi queer ça veut pas dire trans (quelque soit la définition que vous donnez à ce terme). Et parfois j'ai un peu l'impression d'être la seule.
Pour moi queer ça veut dire : qui ne rentre pas dans la norme hétérosexuelle. Cette norme hétérosexuelle je l'appelle l'hétéronorme et parce que tout le monde la reproduit un peu tous les jours (même nous), je parle d'hétéronormativité.
L'hétéronormativité c'est un ensemble de normes sur la sexualité, le genre et les comportements sociaux qui y sont associés.
Si vous êtes conscients de ne pas rentrer dans cette norme, et qu'en plus vous y résistez ostensiblement, avec fierté et enfin que vous travaillez activement à l'abattre, vous êtes queer.
Si vous ne voulez pas être normal, si vous ne voulez pas rentrer dans le rang, si vous ne voulez pas être toléré et en plus avoir à dire merci, vous êtes queer.
Si vous ça vous va de vivre dans les marges, que vous trouvez qu'on s'y amuse plus de toutes façon, vous êtes queer.
Et cela est vrai quelque soit votre orientation sexuelle, identité de genre, expression de genre, et le nombre de piercings et tatouages que vous avez.
Vous êtes queer si vous êtes déviantEs. Vous pouvez dévier sur un ou deux trucs. Exemple vous avez été assigné homme à la naissance et vous vous considérez comme un homme avec une expression de genre masculine, mais bon vous êtes homo. Ou travailleur du sexe. Bon et y a ceux/celles qui cumulent un peu plus, comme moi. Mais ça nous rend pas "mieux" que les autres hein. et au final pour notre combat qu'est-ce que ça change? Plus il y a de gens qui prennent conscience de cette norme et de son caractère oppressif plus il y aura de gens pour l'abattre (ça tombe bien y a du boulot).
Je ne sais pas pourquoi à Paris on ne parle jamais de normes.
C'est un autre mystère. Pourquoi le queer a explosé sur la base d'un bouquin qui a mis 20 ans avant d'être disponible en France et qui au final est assez théorique plutôt que sur l'idée toute simple qu'il y a une norme hétérosexuelle et qu'on sera libre et heureux si on l'abat plutôt que de s'efforcer à être normal?
