mercredi 28 octobre 2009

Je te tolère, tu me tolères

Suite à mon article sur ce qu'est la Tolérance, je désire maintenant partager avec vous un outil simple et efficace pour arriver aux mêmes conclusions sans grandes théories.

Laissez moi vous présenter un exercice appelé "I tolerate you" ou "l'exercice de la Tolérance".

Qu'est-ce que j'entends par "exercice"? Une sorte de jeu, une activité à faire en groupe qui permet d'impliquer nos corps dans la réflexion, en particulier pour celui-ci par le moyen de la simulation.

Il faut quelqu'unE qui organise l'exercice et s'assure de son bon déroulement du début jusqu'à la fin et ça pourrait être vous!

voici l'exercice.

Exercice de la Tolérance:

L'exercice de la Tolérance est une simulation dans laquelle les participants font l'expérience à la fois d'être tolérés et de tolérer. Cet exercice a pour but de faire réfléchir les participants sur la tolérance et d'étudier le pouvoir et l'influence de celles et ceux qui rentrent dans la norme.

1ère partie.

Demandez au groupe de se promener dans la pièce ou l'espace donné et de s'arrêter à chaque personne qu'iels rencontrent. Lorsqu'iels rencontrent une autre personne ceux ci sont invités à faire un commentaire sur l'apparence de cette personne. ATTENTION: ce commentaire doit être NEUTRE.
Par exemple il y a une énorme différence entre: "Je vois que tu as un T-shirt blanc" et "Ton Tshirt a une couleur atroce". Vous notez la différence n'est-ce pas?
La personne qui reçoit le commentaire doit dire "MERCI" puis continuer son chemin.

Pour expliquer l'exercice au groupe il peut être bien de montrer l'exemple ci dessus avec une personne que vous auriez briefé avant.

Donnez 5 min environ au groupe pour faire ça (ça dépend de la taille du groupe).

2ème partie

Demandez au groupe de faire la même chose, se promener dans l'espace et s'arrêter quand iels rencontrent quelqu'un et de commentez l'apparence de cette personne, cette fois en précisant qu'iels le tolère.
Par exemple: "Je vois que tu as un T shirt blanc et je le tolère." ou "et ça ne me dérange pas", "ça ne me gêne pas".
La personne en face doit répondre "MERCI".
Encore une fois montrez l'exemple avec un complice.

3 ème partie.

Faîtes des groupes de 3. Dans chaque groupe 2 participantEs commentent l'apparence de la troisième personne en précisant qu'iels tolèrent celle-ci.
Par exemple: "Je vois que tu as un jean bleu, mais tu sais je n'ai rien contre" et la deuxième personne dirait "oui j'ai des tas d'amis qui ont des jeans bleus, même si moi-même je n'en porterais pas".

Montrez l'exemple avec deux complices.

(Je pense que c'est très important de montrer un exemple avant chaque partie de l'exercice.)

4 ème partie.

Après un tel exercice, il est capital de faire un débriefing. Faîtes asseoir le groupe en cercle, parlez et bougez lentement, de manière à créer une atmosphère de calme dans laquelle chacunE peut se sentir en sécurité pour s'exprimer. Asseyez vous aussi.

1)Commencez par remerciez le groupe d'avoir participé à l'exercice. Un exercice ne peut bien se passer si les participantEs ont la volonté de jouer le jeu et que ça se passe bien.

2) Demandez au groupe de prendre quelques minutes de réflexion et ensuite invitez les participantEs à exprimer les émotions et pensées qui leur viennent par rapport à l'exercice.
Cette discussion peut prendre très vite la forme d'un débat, soyez vigilant et posez vous en position de modérateur/rice. Il s'agit de faire en sorte que les participantEs ne se coupent pas la parole, restent respectueux des opinions différentes et expriment leur vues de façon constructive avec le reste du groupe.

4) Demandez leur ce que ça leur a fait d'être toléré? de tolérer?

5) Réflexion sur la société. Qui est toléré dans notre société? qui tolère?

6) Pour théoriser un peu vous pouvez leur demander quels sont selon eux les avantages et les inconvénients de la tolérance. Diviser une feuille en deux et lister les avantages et les inconvénients. Quelle colonne comptabilise le plus de commentaires?

Voilà bonne chance. Cet exercice a tout à fait vocation à avoir lieu dans votre asso mais aussi pendant une intervention dans une classe. La tolérance est un concept (malheureusement?) très bien connu/répandu et vous frapperez toujours dans le mile.

mardi 6 octobre 2009

Qu'est-ce que la tolérance?

Je suis malade d’entendre les militantEs LGBT de tous bords et de partout dans le monde clamer que nous voulons plus de tolérance. Ca fait encore plus mal que d’entendre les politicienEs appeler à la tolérance. Qu’eux ne comprennent pas ce qu’iels font, je peux comprendre. Qu’est ce
qu’on sait de la tolérance quand on est un homme blanc hétérosexuel chrétien et pas handicapé ?

Voici ce que je pense de la Tolérance : la tolérance c’est de la merde.

Maintenant que ma colère est sortie je vais expliquer plus en profondeur ce qu’est la tolérance.

Etymologie : Tolérer vient de tolerare qui signifie supporter, endurer. Si c’est ça le but ultime de votre combat militant, que les gens normaux (qui rentrent dans la norme mâle, blanche, hétérosexuelle et pas handicapée) parviennent à nous endurer ; pas franchement enthousiasmant. Je ne comprends pas comment ce mot peut motiver les foules.

Définition d’un dico :

Tolérance : respect des opinions et de la liberté d'autrui, respect des différences

Oui c’est ça. Blablabla. Désolée mais moi je ne respecte pas toutes les opinions vu que je n'ai aucun respect pour l'homophobie, la transphobie, le racisme etc, je ne respecte pas la liberté de certainEs à m'oppresser.

Qu’est ce que la tolérance donc, je vais vous le dire moi, la tolérance c’est une relation de pouvoir inégalitaire.

Est-ce que cela a du sens que les pédales tolèrent les hétérosexuelLEs ? Non. Réfléchissez bien ! qui « tolère » dans nos sociétés ? Les gens normaux, comme je l’ai dis plus haut ! Est-ce qu’on nous demande notre avis à nous ? NON. Certaines personnes dans cette société tolèrent et d’autres sont tolérées. Tolérer les autres c’est un PRIVILEGE, qu’on se le dise. Or quand je tolère quelqu’un je ne fait rien d’autre que jeter à la figure de cette personne à quelle point je suis privilégiéE. Je lui rappelle que comme j’ai ce privilège, je suis supérieurE, iel est inférieurE.

Votre vie, vos choix, votre existence en tant que gouines pédés bis ou trans ne devrait pas être sujet à l’opinion des autres ! Vous existez, point barre, maintenant c’est aux autres de s’y faire.

Dans le même registre, rien ne m’énerve plus que les genTEs qui disent que les homos ne sont pas différentEs, "ce sont des gens normaux", pensant dire un truc bien. Mais en y réfléchissant, dire de quelque chose ou de quelqu'unE que c’est « normal » c'est-à-dire « que ça correspond à
la norme », que ça n’es pas « différent », c’est un privilège. Qui êtes vous pour me dire que je suis normalE ? Si vous n’étiez pas dans une position privilégiée, vous ne le diriez pas. Je hais quand les gens me rassurent sur le fait que je suis normalE. Je ne le suis pas et vos coups, vos lois, votre
silence, votre ignorance, mon invisibilité me le rappelle tous les jours. En venant me dire que je suis normalE, vous ne faîtes qu’invisibiliser ma différence, comme si j’étais pas assez invisible comme ça. Vous ne faîtes que me rappeler à quel point je suis anormale, pousséE dans une une
position de toléréE, d’inférieurE.

Arrêtez pitié d’essayer de me rassurer. Je ne suis pas normalE, je ne correspond pas à la norme sur tellement de plans. Je le sais. J’en suis contente. C’est ma richesse, mon identité, ce qui fait que je suis là pour changer le monde.

mercredi 16 septembre 2009

SVE en Suède

Salut,

Mon SVE a beau se terminer dans 5 mois, SFQ cherche déjà de nouveaux volontaires qui pourraient commencer pendant le premier semestre 2010.

Si ça vous intéresse de bosser à la fédération des étudiants LGBTQ suédois, envoyer un mail à evs@hbtqstudenterna.se/.

Je vous le conseille,

Bises

mercredi 9 septembre 2009

SVE en Lithuanie

A touTEs ceux qui lisent ce blog en rêvant d'un SVE dans une association LGBT, sachez que c'est rare mais possible!

Une petite annonce: l'association LGL, Lithuanian Gay League cherche unE volontaire à Vilnius.

Pour en savoir plus sur l'association: ici

n'hésitez pas à me contacter ou à les contacter directement.

Bonne chance!

vendredi 10 juillet 2009

Ouverture

Coup de gueule contre l'Agence Nationale Française

J'ai déposé, le premier juin dernier, une demande de subvention pour un projet d'échange de jeunes auprès de l'INJEP, Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire.
L'INJEP est l'agence nationale du programme Jeunesse en action en France.
Il s'agit d'un projet européen, basé sur un partenariat entre Etudions Gayment, association d'étudiants LGBTQ de Nanterre et SFQ, fédération suédoise des étudiants LGBTQ. Le projet est très clairement militant, très clairement queer et il s'intitule "Hétéronormativité et prévention - Agir localement".

Sans surprise, toutes les agences nationales font de même, le délégué régional Ile de France du programme Jeunesse en Action me demande des "compléments d'information" par rapport au projet.

Première question: "nous nous inquiétons de l'ouverture de votre projet".

Ouverture? Quel curieuse inquiétude! C'est la société qui doit être ouverte, pas nous!

Curieusement ça me rappelle ce que mon père dit toujours à propos de mon engagement militant: "Tu devrais t'ouvrir à d'autres sujets". Il est très inquiet à l'idée que je "m'enferme dans le militantisme homo".

Ca n'en a peut-être pas l'air à première vue, mais ces inquiétudes reflètent une hétéronormativité et une homophobie indéniable. A mon père, je demande si, honnêtement, il me dirait la même chose si je travaillais dans une association pour les droits des personnes handicapées. Mon père n'est pas de mauvaise foi, il me répond honnêtement que non. Cette peur que je "m'enferme", c'est typiquement l'hypothèse d'un "communautarisme homo", cette idée que les personnes LGBTQ ne veulent que rester entre elles, former une communauté à part et se séparer de la société (comme si c'était vraiment possible!). Un fantasme homophobe de plus qui est très courant chez les intellos et politiciens qui n'ont "rien contre notre mode de vie" (pas comme ces crétins de religieux ou ces ignorants des campagnes hein) mais émettent des inquiétudes voire desaprouvent notre désir soi disant "sectaire" de vivre en sécurité et d'être nous-même. Et ceci n'arrive qu'une fois par semaine, ou une fois par an pour la plupart d'entre nous. Mais c'est toujours trop pour ceux qui nous gouvernent. Aucun d'entre eux ne se dit que peut-être le problème vient surtout de la société et de ses normes, pas de nous. Non! Non seulement on se fait tabasser et traiter de façon différente et inférieure tous les jours mais en plus il faut qu'on soit "ouvertEs"! Plus ouvertEs à leurs discriminations, plus ouvertEs à leur ignorance, plus ouvertEs à leurs insultes, plus ouvertEs à leurs coups. Quelle bonne idée.

Ce fantasme du "communautarisme sectaire des homos" est répandu partout dans le monde. Mais je trouve qu'il a une particularité française. La France est une "république une et indivisible". Cela ne veut pas dire que tous les politiciens ont peur du communautarisme, cela signifie que tous les politiciens sont totalement CONTRE les communautés. Contre l'idée même de communauté. En France, à force de vouloir à tout prix éviter le multiculturalisme à l'américaine, on a décidé de nier totalement l'existence des communautés qui forment notre société. On ne prononce même pas le mot, c'est tabou. Sauf pour dénoncer le communatarisme de l'une d'entre elle. Il y a même, je dirais, une totale confusion entre le mot communauté et le mot communautarisme. C'est blanc bonnet et bonnet blanc. Et ça n'est pas seulement un truc de politicien. C'est la culture politique française dominante dans son ensemble qui ferme les yeux par peur de faire comme les AméricainEs. Désespérant.


AgacéE par cette homophobie latente et très française dont fait preuve l'Agence nationale de mon pays (alors que l'Agence nationale suédoise n'aurait jamais demandé ce genre de compléments!), j'ai décidé d'écrire une réponse pédagogue mais ferme.

Que je vous offre le plaisir de lire ci dessous:




En ce qui concerne l’ouverture du sujet, nous aimerions souligner à quel point les questions de genre et d’orientation sexuelle sont transversales. Tout un chacun dans cette société, qu’il le choisisse ou pas, doit se définir une identité de genre et les normes qui accompagne les concepts d’homme et de femme, de masculin et de féminin, sont vecteurs d’oppression pour tous les jeunes, LGBTQ ou non. De plus, tout le monde a une orientation sexuelle, homo, bi ou hétérosexuelle. Les jeunes de tous contextes sont particulièrement en prise à ces questionnements à l’âge où il leur est demandé de devenir des hommes et des femmes, avec tout ce que cela implique en matière de comportements admis ou non, de ce que l’on doit taire, de ce qu’on attend d' eux/elles en matière d’expression, de sexualité, de choix de vie… et de l’inégalité qui s’installe. SFQ et EG sont deux associations féministes et qui s’engage tous les jours à lutter contre l’inégalité homme-femme et les normes du genre. Cette dimension sera présente dans toute la mise en pratique de nos activités. Nous pensons également que la lutte pour la reconnaissance des personnes qui ne se reconnaissent ni homme ni femme doit être visibilisée.

Voyez les différences culturelles, il a aussi fallut que j'explique à l'Agence nationale ce que signifie "queer". En Suède beaucoup de militants s'en sont chargé avant moi. En France nous sommes des pionnierEs!

jeudi 18 juin 2009

Les hétéro-privilèges

Je suis à l'aéroport de Berlin, super en retard, en train de rater mon avion, comme d'habitude. Aux contrôles de sécurité, un grand type essaye de me passer devant. Je lui lance un regard furibond et lui lance, en anglais, "Vous savez, moi aussi je suis presséE!".
Il prend un regard de chien battu et me répond en marmonnant. La seule chose que je comprends c'est "ma femme m'attend là bas", il me montre l'espace au delà de l'aire de contrôle.

"Ma femme m'attend".
Je lui répond, en posant lourdement mon bagage devant le sien sur le tapis roulant, "Vous savez quoi? Je n'ai pas de femme, mais ça ne change pas le fait que je suis devant vous", et je trace.

Etre mariéE et être hétérosexuelLE vous donne une position privilégiée dans cette société. En droit. Mais cela influe aussi sur la façon dont vous vous comportez. Ce type croit dur comme fer que parce qu'il a une femme, donc parce qu'il est hétérosexuel et marié, je vais le laisser passer devant moi, me sacrifiant, moi et mes impératifs, pour que la belle famille hétérosexuelle soit à nouveau réunie car c'est bien connu, privé de leur moitié masculine, les femmes ne peuvent rien.

Le pire, c'est que le type était surpris. Surpris que je lui annonce que je n'avait pas de femme. Car évidemment les femmes n'ont pas femmes, ça ébranle ses conceptions, le "bon sens" hétéronormé lui dicte qu'il n'y a que les hommes qui ont des femmes. Parce qu'il n'y a que les hétéroTEs qui ont le droit de se marier (dans la plupart des pays). Il était sans doute surpris aussi que son argument n'ai aucune valeur à mes yeux, que je ne le comprenne même pas.

Voilà comment l'hétéronorme affecte notre vie de tous les jours. C'est déjà pas assez chiant d'être en train de rater son avion. Non il faut aussi apparemment céder la priorité aux hétéroTEs. Vous pouvez donc d'hors et déjà prévoir d'arriver une ou deux heures plus tôt à l'aéroport que d'habitude.

Si vous doutez encore que les hétéroTEs sont privilégiés, rappelez vous la dernière fois que vous avez essayé de poser des vacances à votre boulot. Dans un pays où nous les pédales, gouines et trans n'avont ni le droit de nous marrier ni le droit de fonder des familles reconnues comme telles (je parle de la France là), vous serrez les dernierEs à pouvoir choisir vos dates de vacances. Pas parce que les gens qui ont des enfants passent avant. Parce que les hétéroTEs passent avant.

Cependant je me vois forcéE de nuancer mon discours maintenant que j'ai une perspective internationale. En Suède et en Norvège, l'adoption et le mariage sont autorisés pour les couples de même sexe.

J'ai une collègue et amie norvégienne et qui est mariée à sa compagne. Quand on vient d'un pays où le mariage entre partenaires de même sexe n'est pas autorisé, ça fait bizarre, je vous l'avoue. On le sait bien pourtant, que ça existe, que c'est possible, mais quand c'est votre réalité proche, ça choque au début. Et pourtant, l'hétéronorme est toujours là. Elle m'a raconté le nombre de fois où les gens ont pensé que, comme elles avaient le même nom de famille, elles étaient soeurs ou cousines.
"Est-ce que vous et votre soeur désirez une chambre avec douche et lits séparés?
_Non moi et MA FEMME nous désirons une chambre avec baignoire et lit double, merci."

Moralité, ça n'est parce que la loi dit que vous avez les mêmes droits que vous cesserez d'être considérés commes des anormaux.

jeudi 4 juin 2009

Baltic Pride

J'arrive à Riga, capitale de la Lettonie jeudi 14 mai en soirée. La fatigue est immense. Je me crash dans une auberge de jeunesse que je vous recommande chaudement, située dans la vieille
ville, vraiment pas chère et bien, Funny Franks Hostel.

C'est lorsque j'arrive je réalise la situation précaire de la marche.

Mercredi 13 mai, une majorité des membres du conseil municipal de Riga avait signé une lettre ouverte au directeur du conseil, lui demandant d'annuler l'autorisation de la Marche au motif que cet événement était indécent (!) et constituait une menace à la sécurité publique.

Les conseillers municipaux signataires de cette lettre ont indiqué que si le directeur du conseil n'avait pas annulé la décision d'autoriser la Baltic Pride d'ici jeudi 14 mai à 16 heures, ils chercheraient à en obtenir l'annulation par vote du conseil municipal. Et le jeudi 14 mai, le conseil municipal de Riga révoque donc l’autorisation de la Marche.

Je me réveille de mauvaise humeur vendredi 15 mai. Je marche dans le centre ville à la recherche d'un endroit où acheter une brosse à dent. Un nuage plane au dessus de moi. Sans raison précise, je flippe, je me rends compte à quel point je suis visible en tant que genderqueer, je marche les épaules courbées et la casquette enfoncée sur le crâne. Je réalise que quand les lois et les institutions sont officiellement contre nous, cela change complètement notre être au monde.

Je me demande ce qui va se passer si la marche est définitvement interdite. Marcherons nous quand même? à quel prix? Je n'ai aucune idée de ce que l'on peut faire dans ce genre de situation. Je n'ai jamais été à une manifestation illégale, encore moins dans un pays balte.

Les organisateurs (l’organisation lettonne Mozaika, la Ligue gay lituanienne et la Jeunesse gay estonienne) ont fait une requête en injonction auprès de la justice et se sont vu accorder une audience le 15 mai à 10 heures au tribunal municipal de Riga, qui a ensuite annulé la décision d'interdire la Marche.

Le vendredi 15 mai, à midi, je suis de retour à l'hôtel et je découvre sur mon ordinateur en direct la bonne nouvelle. Lorsque je refais une sortie dans les rues de la capitale pour trouver de quoi déjeuner, je marche déjà la tête plus haute, je me sens plus en sécurité.

Le centre ville de Riga est assez joli et comme tout y est moins cher qu'en Suède, je me fais plaisir. Il y a une soirée le vendredi soir pour la pride où je retrouve des amis militants de Hollande et de Belgique. Une Lettone à côté de moi me demande si je vais à la pride le lendemain. Je réponds que oui, je suis là pour ça. Je lui retourne la question. "Non, me dit-t-elle. L'an dernier, ils ont jetés des pierres sur les manifestants, je n'ai pas envie d'y aller."

Le lendemain, samedi 16, jour de la pride, je me réveille tôt pour assister au briefing de sécurité organisé par Mozaika. Impossible de trouver l'endroit, personne ne parle anglais, j'ai mal au pieds à force de tourner en rond alors je fini par m'offrir un énorme petit déjeuner pour me réconforter.

Puis c'est l'heure. Je me dirige vers le lieu dit. Je ne comprends pas bien où est le rassemblement au premier abord. Je passe près d'une petite foule de rassemblée autour d'un drapeau Letton. Je me dit qu'il faut vite que je trouve le lieu de la pride sinon je vais me retrouver embarquée dans la manifestation anti-pride.

Des barrières et un nombre incroyable de policiers gardent l'entrée d'un parc. Je m'y dirige. La plupart des personnes passant les barrières montrent aux policiers un pass avec le logo de la Baltic pride dessus. Evidemment je n'ai pas ce pass mais ils me laissent entrer dans le parc.

A l'intérieur les militants sont rassemblés, affairés à déplier banderoles et drapeaux arc en ciel. Au milieu du parc, une grande scène et des sièges. C'est l'occasion pour moi de saluer quelques camarades français que je n'ai pas vu depuis un moment, ils sont venus soutenir la pride et assister à une réunion du conseil d'administration de l'ILGA- Europe (Association internationale LGBTI).

Une militant de RFSL (lobby LGBT national suédois) me saute dessus, elle m'a enfin trouvée, comme j'ai tué mon téléphone suédois juste avant le départ, elle n'a pas pu me joindre et elle était morte d'inquiétude. Bon, un coin d'arc en ciel dans la main, je me positionne avec RFSL et bombe le torse pour rendre visible le logo de SFQ que j'ai collé au fer à repasser sur mon t shirt en début de semaine au bureau.



Tout d'un coup un grand bruit interromp les préparatifs à 13h tapantes. A travers les barrières du parc on voit la manifestion anti pride debuter. Ils marchent derrière un immense drapeau letton et tiennent de charmants panneaux " Homosexualité = péché" "Homosexualité= SIDA" et d'autres en letton impossible à traduire.

Sur environ 200 personnes, plus de la moitié des personnes présentes pour la pride étaient des non-baltes. D'où les "go back (rentrez chez vous)!" scandés par la manif anti pride. Un certain nombre d'entre nous se dirige vers les barrière pour voir de plus près les manifestants anti-pride. Des familles, des gens normaux, pas de skinheads. Au premier rang je remarque un grand type avec des dreadlocks blondes. Un jeune qui a l'air cool, à qui j'aurais parlé dans un bar ou dans la rue. Et là il me brandit sous le nez son panneau homophobe, comme quoi il faut se méfier quand même;

La marche peut commencer. Nous sortons du parc pour arriver dans la rue qui borde le parc. Elle est fermée par des barrières et des policiers. Des gens dans un restaurant nous regardent amusés. on avance à petits pas. Au moment de tourner dans la seconde rue deux personnes se détachent de la pride. Deux femmes habillées de robes noires et marchant pieds nus. L'une d'elle a une énorme croix chrétienne qui lui pend au coup, elle est livide et ressemble à un fantôme. Elle s'allonge à même le sol pendant que l'autre, à genou se met en position de prière. J'écarquille les yeux comme des coupelles devant ce spectacle que je ne comprends pas bien. Des anti-pride religieux se sont donc infiltré. Je les avais vu passer devant moi au moment de passer les barrières devant le parc. C'ets vrai que leurs tenues m'avaient interloqué. La sécurité de la pride affiche un sourire cynique et nous intime d'avancer, autant ne pas leur donner trop d'attention. Elles sont mitraillées par tous les photographes de presse et amateurs.

Deuxième rue bordant le parc, plus courte puis nous rentrons tranquillement le sourire aux lèvres dans le parc. La marche est finie, les discours se succèdent sur la scène, les responsables des associations baltes qui organisent la Pride mais aussi des responsables d'Amnesty International sans qui la pride ne serait pas possible, une pasteure lesbienne hollandaise et un membre du parlement hollandais également, ainsi qu'un politicien letton et une personne du bureau letton de l'égalité qui n'était venue qu'en son nom.

On se regarde tous un peu sonnés que ça soit déjà fini. Lorsque les discours se terminent , un concert commence. C'est juste à ce moment que moi et Virga nous devons filer pour prendre le bus de 16h pour Vilnius, capitale de la Lituanie. Bon alors on se faufile entre les barrières, la plupart des anti pride sont rentrés chez eux, heureusement. Dans les rues du centre ville, on croise une militante No Pride, reconnaissable par son t shirt blanc représentant un homme sodomisant un autre, barrés de rouge. Elle passe à 4 centimètres de moi. Je prends une grande inspiration avant de monter dans le bus.

Bizarement en route vers un pays où la situation est bien pire, je suis plus légère ,une fois dans le bus. Le vrai risque que les manifestants de la pride encourent se situe après la pride, alors qu'ils/elles se sont visibilisé et qu'elles se promèenent dans les rues de la ville. Se sauver avant la fin est en fait la meilleure stratégie. Mais il n'y a eu aucn incident à Riga à la suite de la pride.

Par contre le même jour il y a eu une manif interdite pour les droits des gays à Moscou et un officiel allemand s'est fait cassé la gueule. Première nouvelle que j'apprend en arrivant à Vilnius. Entre 25 et 80 militants y ont été arrêtés alors qu'ils manifestaient contre les discriminations à l'égard des personnes LGBT. La police anti-émeutes a chargé et plusieurs personnes ont été appréhendées.

Vilnius est donc la capitale de la Lituanie. La ville n'a absolument rien à voir avec Riga dans son paysage. A Vilnius il y a une association qui essaye depuis des années d'organiser une pride, LGL. Interdite chaque année. Même pour un rassemblement (pas une marche) dans un espace publique mais clos (pas dans la rue), on leur a dit NON.

Le lendemain Dimanche 17, jour de l'IDAHO je buvais un café en terrasse dans le centre de Vilnius (la nuit avait été longue, concert de la Ladyfest, festival féministe) et mes pensées vont vers Augustas, mon collègue lituanien manifeste avec SFQ devant l'amabassade de Lituanie à Stockholm pour protester contre un projet de loi discuté au parlment lituanien. Cette loi interdit toute représentation positive des relations homo , bisexuelles et poly amoureuse.


Mardi dernier (2 juin) cette loi a été votée au parlement lituanien. Seulement deux personnes présentes ont voté contre. La situation est extrêmement inquiétante. Parlez en autour de vous, dans vos assos. L'Europe ne peut pas tolérer que l'un de ses membres ignorent nos droits et travaille à notre invisibilité.