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vendredi 10 juillet 2009

Ouverture

Coup de gueule contre l'Agence Nationale Française

J'ai déposé, le premier juin dernier, une demande de subvention pour un projet d'échange de jeunes auprès de l'INJEP, Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire.
L'INJEP est l'agence nationale du programme Jeunesse en action en France.
Il s'agit d'un projet européen, basé sur un partenariat entre Etudions Gayment, association d'étudiants LGBTQ de Nanterre et SFQ, fédération suédoise des étudiants LGBTQ. Le projet est très clairement militant, très clairement queer et il s'intitule "Hétéronormativité et prévention - Agir localement".

Sans surprise, toutes les agences nationales font de même, le délégué régional Ile de France du programme Jeunesse en Action me demande des "compléments d'information" par rapport au projet.

Première question: "nous nous inquiétons de l'ouverture de votre projet".

Ouverture? Quel curieuse inquiétude! C'est la société qui doit être ouverte, pas nous!

Curieusement ça me rappelle ce que mon père dit toujours à propos de mon engagement militant: "Tu devrais t'ouvrir à d'autres sujets". Il est très inquiet à l'idée que je "m'enferme dans le militantisme homo".

Ca n'en a peut-être pas l'air à première vue, mais ces inquiétudes reflètent une hétéronormativité et une homophobie indéniable. A mon père, je demande si, honnêtement, il me dirait la même chose si je travaillais dans une association pour les droits des personnes handicapées. Mon père n'est pas de mauvaise foi, il me répond honnêtement que non. Cette peur que je "m'enferme", c'est typiquement l'hypothèse d'un "communautarisme homo", cette idée que les personnes LGBTQ ne veulent que rester entre elles, former une communauté à part et se séparer de la société (comme si c'était vraiment possible!). Un fantasme homophobe de plus qui est très courant chez les intellos et politiciens qui n'ont "rien contre notre mode de vie" (pas comme ces crétins de religieux ou ces ignorants des campagnes hein) mais émettent des inquiétudes voire desaprouvent notre désir soi disant "sectaire" de vivre en sécurité et d'être nous-même. Et ceci n'arrive qu'une fois par semaine, ou une fois par an pour la plupart d'entre nous. Mais c'est toujours trop pour ceux qui nous gouvernent. Aucun d'entre eux ne se dit que peut-être le problème vient surtout de la société et de ses normes, pas de nous. Non! Non seulement on se fait tabasser et traiter de façon différente et inférieure tous les jours mais en plus il faut qu'on soit "ouvertEs"! Plus ouvertEs à leurs discriminations, plus ouvertEs à leur ignorance, plus ouvertEs à leurs insultes, plus ouvertEs à leurs coups. Quelle bonne idée.

Ce fantasme du "communautarisme sectaire des homos" est répandu partout dans le monde. Mais je trouve qu'il a une particularité française. La France est une "république une et indivisible". Cela ne veut pas dire que tous les politiciens ont peur du communautarisme, cela signifie que tous les politiciens sont totalement CONTRE les communautés. Contre l'idée même de communauté. En France, à force de vouloir à tout prix éviter le multiculturalisme à l'américaine, on a décidé de nier totalement l'existence des communautés qui forment notre société. On ne prononce même pas le mot, c'est tabou. Sauf pour dénoncer le communatarisme de l'une d'entre elle. Il y a même, je dirais, une totale confusion entre le mot communauté et le mot communautarisme. C'est blanc bonnet et bonnet blanc. Et ça n'est pas seulement un truc de politicien. C'est la culture politique française dominante dans son ensemble qui ferme les yeux par peur de faire comme les AméricainEs. Désespérant.


AgacéE par cette homophobie latente et très française dont fait preuve l'Agence nationale de mon pays (alors que l'Agence nationale suédoise n'aurait jamais demandé ce genre de compléments!), j'ai décidé d'écrire une réponse pédagogue mais ferme.

Que je vous offre le plaisir de lire ci dessous:




En ce qui concerne l’ouverture du sujet, nous aimerions souligner à quel point les questions de genre et d’orientation sexuelle sont transversales. Tout un chacun dans cette société, qu’il le choisisse ou pas, doit se définir une identité de genre et les normes qui accompagne les concepts d’homme et de femme, de masculin et de féminin, sont vecteurs d’oppression pour tous les jeunes, LGBTQ ou non. De plus, tout le monde a une orientation sexuelle, homo, bi ou hétérosexuelle. Les jeunes de tous contextes sont particulièrement en prise à ces questionnements à l’âge où il leur est demandé de devenir des hommes et des femmes, avec tout ce que cela implique en matière de comportements admis ou non, de ce que l’on doit taire, de ce qu’on attend d' eux/elles en matière d’expression, de sexualité, de choix de vie… et de l’inégalité qui s’installe. SFQ et EG sont deux associations féministes et qui s’engage tous les jours à lutter contre l’inégalité homme-femme et les normes du genre. Cette dimension sera présente dans toute la mise en pratique de nos activités. Nous pensons également que la lutte pour la reconnaissance des personnes qui ne se reconnaissent ni homme ni femme doit être visibilisée.

Voyez les différences culturelles, il a aussi fallut que j'explique à l'Agence nationale ce que signifie "queer". En Suède beaucoup de militants s'en sont chargé avant moi. En France nous sommes des pionnierEs!

mardi 28 avril 2009

Les échanges de jeunes - le meilleur moyen de rencontrer d'autres jeunes militants LGBTQ

Une solidarité queer internationale doit émerger bientôt, au moins en Europe, entre les jeunes. Comment faire pour échanger des idées, débattre, apprendre de nouveaux outils pour militer, monter des projets ensemble? Il n'est pas vraiment possible de faire cela sans se rencontrer. Alors comment se rencontrer?

Le programme Jeunesse de la Commission Européenne, Jeunesse en Action (Youth in Action), dans lequel le Service Volontaire Européen est inclus offre de très nombreuses possibilités pour les jeunes (13-30ans) LGBTQ d'Europe (le programme inclus beaucoup de pays qui ne sont pas dans l'Union Européenne comme les pays balkaniques, la Russie et même la Turquie, la Géorgie etc), militants ou non, de se rencontrer et d'échanger sur les sujets qui nous concernent.

Exemple: les Echanges de Jeunes, le meilleur moyen de rencontrer d'autres jeunes militants LGBTQ.

Voici ce que le guide du programme Jeunesse en Action dit sur les échanges de jeunes:


"Action 1.1 – Echanges de jeunes

Objectifs:

Un Echange de jeunes permet à un ou plusieurs groupes de jeunes d'accueillir un groupe ou d’être accueilli(s) par un groupe d’un autre pays afin de participer ensemble à un programme d’activités communes. Ces activités requièrent la participation active des jeunes et sont conçues pour leur permettre de découvrir et de prendre conscience des réalités sociales et culturelles différentes, d'apprendre les uns des autres et de se sentir citoyens européens.

Qu’est-ce qu’on entend par « Echanges de jeunes »?

Un Echange de jeunes est un projet qui rassemble des groupes de jeunes de deux pays ou plus :
ils peuvent discuter de sujets variés et les confronter, tout en apprenant sur les pays et cultures respectives. Un Echange de jeunes est basé sur un partenariat transnational entre deux ou plusieurs porteurs de projets.

Selon le nombre de pays impliqués, un Echange de jeunes peut être bilatéral, trilatéral ou multilatéral. Un échange bilatéral de groupes se justifie notamment, s'il s'agit d'une première activité au niveau européen, ou si les participants sont des groupes locaux ou de petite taille n'ayant aucune expérience au niveau européen.
Un Echange de jeunes peut être itinérant, ce qui implique que tous les participants se déplacent au même moment, à travers un ou plusieurs des pays participant à l’Echange.

Un projet d’Echange de jeunes comprend trois phases :
 la planification et la préparation
 la mise en oeuvre de l’activité
 l’évaluation (incluant une réflexion sur un suivi éventuel).

Les principes et pratiques d’éducation non formelle doivent être mis en application tout au long du projet.

Ce que n'est pas un Echange de jeunes


Les activités suivantes en particulier ne PEUVENT PAS bénéficier de subventions dans le cadre d'Echanges de
jeunes:
les voyages d'études universitaires;
les activités d’échange ayant un but lucratif;
les activités d’échange s’apparentant à du tourisme;
les festivals;
les voyages d’agrément;
les cours de langues;
les tournées de spectacles;
les échanges scolaires;
les compétitions sportives;
les réunions statutaires d’organisations;
les réunions politiques;
les chantiers;"

Vous l'aurez compris il s'agit de faire partir un groupe de jeunes dans un autre pays où yels rencontreront un autre groupe de jeunes et d'organiser des activités d'éducation non-formelle (qui implique les jeunes dans la réflexion et requérant leur participation active).


Comment payer les frais de déplacement des jeunes, leur logement, leur nourriture et l'organisation des activités pendant le temps de l'échange? En déposant une demande de subvention auprès de l'agence nationale du programme jeunesse en action de votre pays! (La France étant un pays programme, elle a une agence nationale et également, particularité française, des délégués régionaux du programme Jeunesse en Action).

Pour les échanges de jeunes le programme prévoit un maximum de 30 000 euros! de quoi réaliser un échange de grande qualité.

Attention pour les échanges bilatéraux (entre deux associations et deux pays seulement) il
faut déposer son projet dans les deux pays. Et pour les échanges trilatéraux ou multilatéraux on dépose un seul projet dans le pays qui accueille l'échange. Je précise que quelques participants de l'échange peuvent avoir plus de 25) ans, mais seulement quelque uns (pas plus de 10% des participants).

Si vous décidez d'organiser un échange, dans votre pays ou dans un autre, vous êtes alors un "porteur de projet".

Voyons ce que le guide dit sur les porteurs de projets:

"Les porteurs de projets éligibles:

Chaque porteur de projet doit être:
une organisation à but non lucratif/non gouvernementale; ou
un organisme public régional ou local ; ou
un groupe informel de jeunes (rappel: dans le cas d’un groupe informel de jeunes, un des membres du groupe assume le rôle de représentant et prend la responsabilité au nom du groupe); ou
un organisme actif dans le secteur jeunesse au niveau européen.

Chaque porteur de projet doit être d’un pays programme. (les pays programme)


Le rôle des porteurs de projets

Le porteur de projet qui envoie un groupe de participants dans un autre pays est appelé organisation d’envoi (OE). Le porteur de projet qui accueille l’Echange de jeunes dans son pays est appelé organisation d’accueil (OA)."

Consulter la page ici pour toutes les infos en français sur votre démarche et ici pour lire le guide du programme Jeunesse en Action en français.

Je serais ravie de répondre à toutes vos questions, d'entendre vos idées, de développer des projets avec vous alors n'hésitez pas à poser vos questions en commentaires et je vous contacterais.


à ce lien vous trouverez un guide pour les animateurs jeunesse qui désirent organiser
un Echange de jeune et comment gérer les partenariats transnationaux et vous pouvez également participer à une formation au programme Jeunesse en Action (voyez ici).

N'hésitez pas également à contacter votre Agence nationale. voici les coordonnées des agences.

Je travaille actuellement à un projet d'échange de jeunes entre SFQ et Etudions Gayment qui
aura lieu, si nous obtenons les financements, à l'automne. Ceci est le premier projet européen que je vais rédiger et organiser. Beaucoup de stress mais aussi un nouveau monde qui s'ouvre à nous.

lundi 26 janvier 2009

Communauté de Volontaires

De ma bonne vieille éducation aristocratique j'ai retenu ceci: il faut connaître les bonnes personnes pour arriver à ses fins. De ma position de minorité j'ai intégré ceci: l'union communautaire fait la force. En outre, je suis, sans arrière-pensées, quelqu'un de très sociable, surtout depuis que je rencontre enfin sur mon chemin des personnes qui ne me jugent pas et qui me prennent comme je suis.

Tout ça pour dire qu'en devenant gouine je suis entrée dans une communauté. Et bien c'est pareil en devenant volontaire européen.

Première étape: le séminaire de préparation au départ. C'est la première fois que le SVE devient une expérience collective dans mon esprit. Pour l'instant il n'y avait que moi, mon projet, mon envie de partir, mes amiEs suédoisES, c'était mon histoire. D'ailleurs j'étais bien la seule à avoir ce type de projet dans mon entourage (bon maintenant ils sont bien au courant).

Chaque année il y a 500 jeunes françaisES qui partent en Service Volontaire Européen! Je suis dans ces 500. A Grenoble, pour le séminaire de préparation au départ organisé par Calliope, nous étions 18. TouTEs avec un parcours et des personnalités différentes. TouTEs françaisES mais touTEs partant dans des pays très différents pour des projets très variés. Et quelque chose s'est passé. Une dynamique de groupe s'est créée. En 4 jours (c'est le séminaire le plus court auquel j'ai jamais participé), nous avons lié connaissance et nous sommes devenus un groupe à part entière. Et nous sommes devenus des volontaires européens touTEs ensembles, au même moment, en liant connaissance. Ca c'est de l'expérience collective!
Je me sens très à l'aise dans cette communauté de volontaire, je suis fière d'en faire partie.

Pour faire partie de cette communauté, que vous soyez volontaire, ancien volontaire ou intéresséE par le SVE :

_ SVE Connexion, réseau pour les françaisES.
_ également un groupe mondial de volontaires sur Facebook
_ des réseaux inter-régionaux d'anciens volontaires en France, dont un pour l'Ile de France.

à vos réseaux!

jeudi 1 janvier 2009

What the fuck is a SVE?

Le programme qui me donne l'opportunité de partir un an à Stockholm afin de mener un projet dans une association et d'être rémunéré pour cela s'appelle le Service Volontaire Européen (SVE ou EVS en anglais).

Trop peu de jeunes connaissent l'existence de ce programme génial qui me sauve littéralement la vie puisque je n'ai absolument aucun autre projet intéressant et viable à l'heure qu'il est. C'est bien curieux. Je suppose qu'ils préfèrent dépenser leur argent dans les projets plutôt que pour en faire la promotion. En tout cas je me sens une obligation morale d'en parler à tous tant il peut représenter une chance formidable pour d'autre jeunes comme moi. A vrai dire si je n'avais pas rencontré des volontaires ou anciens volontaires je n'en aurai jamais eu vent. C'est donc mon rôle de volontaire, c'est d'ailleurs stipulé dans le projet, d'en parler autour de moi.

Alors voilà, un SVE, c'est quoi?

Europe cares for YOUth

La commission européenne de l'UE a instauré un programme qui s'appelle Jeunesse en Action (Youth in Action Program). Ce programme comporte plusieurs volets. Le premier est notamment celui qui finance chaque année de nombreux évènements jeunesse LGBT ou autres comme des "study sessions", " trainning courses" ou "youth exhchanges", ces 3 réalités quelques peu différentes que je ne peux désigner en français que sous le nom de "séminaires". J'y reviendrais mais j'insiste sur le fait qu'obtenir de l'argent pour organiser ce type d'évènements sur une thématique LGBTQ est variablement difficile selon le pays de l'UE dans lequel on vit, étant donné que l'hostilité institutionnelle aux personnes et projets militants LGBTQ n'est pas la même aux Pays Bas et en Pologne. En revanche la commission européenne et le programme Jeunesse en action aurait plutôt tendance à soutenir avec enthousiasme ce genre d'initiative. Elle encourage au contraire les partenariats avec des assos d'autres pays, la rencontre des cultures, la création de réseaux militants. En Europe ce programme est réellement le moteur d'un militantisme jeunesse LGBT européen. Les séminaires organisés permettent à de nombreux jeunes de voyager, de rencontrer d'autres jeunes LGBT européens, de vivre l'expérience unique de se retrouver dans un contexte safe pendant une semaine entière, de réfléchir sur leur militantisme et de tisser des réseaux en vue d'autres projets internationaux. En ce qui me concerne, ces séminaires ont grandement contribué à ma réflexion militante, mon empowerment et mon épanouissement personnel. Il fallait me voir, à chaque fois que je revenait de séminaire, le sourire aux lèvres, prendre tout un chacun dans mes bras, et me remettre sereine et énergique à mon travail pour le MAG, pleines de nouvelles idées en tête.

No Future? European youth in ACTION!

Le deuxième volet de ce programme est le Service Volontaire Européen. Ce programme, basé sur le principe de l'éducation non-formelle, est ouvert à TOUS les jeunes européens entre 18 et 30 ans. Les jeunes turques aussi, la Turquie étant candidate à l'Union. La durée maximum du service est d'un an mais on peut également partir moins longtemps. Pas besoin de connaître la langue du pays, d'avoir le Bac ou quelque autre niveau d'études, ou encore quelque compétence particulière. Le programme inclus la plupart des pays du monde mais il y a pleins de petites exceptions, en dehors de l'Europe, sur qui peut aller où. Et en tant que personne LGBT je suis considérée comme "jeune avec moins d'opportunité", ce qui est un plus.

Le site de la Commission européenne est super clair et très intéressant; il répondra à toutes vos questions (en haut à droite vous pouvez changer de l'anglais vers le français).

Tous les projets se font autour de 3 acteurs: le ou la volontaire, l'organisation d'accueil (dans le pays dans lequel vous partez) et l'organisation d'envoi, dans votre pays. Les organisations d'envoi et d'accueil doivent d'abord être accréditées par le programme pour accueillir ou envoyer des volontaires. Si vous-mêmes êtes impliqué dans une association, je vous conseille fortement de jetez un oeil aux conditions d'accréditations pour envoyer ou recevoir des volontaires, votre association dans les deux cas, en bénéficiera grandement!

Mon organisation d'envoi est le CIDJ, Centre d'information et de documentation jeunesse, (vous savez cet énorme truc quai Branly). Pour contacter le service qui s'occupe des SVE au CIDJ:

CIDJ - SVE
101, quai Branly
75740 Paris Cedex 15
Courriel : sve@cidj.com
Tél : 01 44 49 29 28

Iels tiennent également un blog sur le SVE, à visiter si vous êtes intéresséEs par le programme:

http://sve-cidj.jimdo.com/

J'ai eu un très bon contact. C'est son job d'envoyer des volontaires, il saura donc vous aider dans votre projet. Il organise régulièrement des réunions d'informations sur le Service Volontaire Européen. En plus je me charge déjà de queeriser un peu ce service et c'est plutôt open ;)

Au-dessus de ces 3 acteurs il y a bien sûr l'Agence Nationale du Programme Jeunnesse en Action. Pareil ils sont très sympa, n'hésitez pas à les appeler. C'est eux qui, dans ma panique fin octobre pour trouver une organisation d'envoi, m'avaient orienté vers le CIDJ.

INJEP - Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire
11 rue Paul Leplat
78160 Marly le Roi
Tel: 01 39 17 27 70
mail: sve@injep.fr

Il y a des projets LGBT mais bien sûr pas que. Si vous êtes kamikazes pourquoi pas un projet en Moldavie? ça c'est du dépaysement! En tant que personne LGBT je suis considérée comme "jeune avec moins d'opportunités", ce qui est un plus. Alors vous autres mes compagnons, jeunes et pleins de vie, qui ne voient pas d'avenir là où vous êtes, saisissez cette chance de découvrir d'autres horizons!

dimanche 21 décembre 2008

Meeting the Swedes

Mais pourquoi diable à Stockholm?
C'est vrai, je vous aurai balancé que je partais m'installer à Berlin ou à San Francisco, pour n'importe quel membre de notre communauté, rien de plus logique. Mais pour la Suède, un besoin d'explication se fait lourdement sentir.

Alors voici toute l'histoire:

Lorsque j'étais présidente du MAG (Mouvement d'Affirmation des jeunes gais, lesbiennes bis et trans), j'ai reçu une invitation à candidater pour un séminaire intitulé Beyond Norms - On equality in Higher Education, Au-delà des normes, De l'égalité dans l'Enseignement supérieur, organisé par ANSO (association nordique d'étudiants LGBTQ) et financé par le Conseil de l'Europe (attention c'est pas la même chose que l'Union Européenne!).

Je tiens à m'arrêter quelques instants sur cette expérience. J'ai participé à d'autres séminaires depuis mais aucun n'atteignait une telle perfection d'organisation, de qualité des activités proposées, de défi intellectuel et militant. Sur 85 candidats nous étions 30 à avoir été sélectionné selon notre niveau d'anglais, nos motivations et notre potentiel rôle de disséminateur dans notre pays. J'étais la seule participante française pour ces raisons. J'y ai rencontré un adorable pédé italien, une chercheuse roumaine qui cachait à sa hiérarchie où elle était, un président d'asso de jeunes LGBT kosovar qui payait tout de sa poche, une militante féministe géorgienne, un sublime arménien qui parlait un français délicieux et qui avait participé aux UEEH (Universités d'été Euro-méditerranéennes des Homosexualités) l'an passé, etc etc...
C'est là, entre le 1er et le 4 ème étage du Centre Européen de la Jeunesse de Budapest, parmi cette trentaine de personnages tous uniques et avec qui je partage le souvenir de cette semaine incroyable hors du temps et du monde, que j'ai conversé pour la première fois avec Linda, Monika et Pär. Ceux ci étaient membres de ce qu'on appelle la "Prep Team", l'équipe d'organisation et de préparation de ce séminaire. Est-ce mon irrémédiable attirance pour le pouvoir qui commandait cette sensation que je devais impérieusement me rapprocher d'eux? Honnêtement pour Monika je pense que l'attirance physique a joué énormément, tout comme la présomption que nous avions des choses en commun étant donné, en apparence, la proximité de nos identités de genre. Elle était également en charge du premier projet trans d'ANSO et comme j'étais moi-même très engagée et informée sur les questions trans déjà à l'époque...
Pour Linda et Pär, ce fut plus évident car suite à leur conférence sur l'hétéronormativité et la pédagogie queer, ils m'avaient ensorcelé. Moi qui pensait queer depuis si longtemps toute seule dans mon coin je n'étais tout d'un coup plus seule et on me mettait entre les mains des outils pour le mettre en pratique. Pour une fois je n'étais pas celle qui expliquait qu'il y avait plus de deux genres à l'assemblée; j'étais extatique. Le soir, pendant les repas et dans les chambres, je partageais avec les autres mon état d'euphorie intellectuelle. Pour certains, notamment ceux qui venaient de pays où le climat est particulièrement hostile aux personnes LGBT, ce bouillonnement était mêlé à la sensation palpable, même pour moi, d'un soulagement tranquille. Un type qui venait d'Ukraine et qui ne parlait pas bien l'anglais me transmettait par ses yeux brillants je ne sais quelle sensation de bonheur grave, et en y réfléchissant je me doutais que jamais il ne s'était trouvé dans un espace aussi safe de sa vie; et cela devait durer une semaine.

Je n'eut pas à faire beaucoup d'effort pour me rapprocher de Linda et Pär avec qui j'eu d'emblée de très intéressantes conversations qui approfondissait les conférences. Linda était particulièrement proche de moi, elle aussi présidente de son association, SFQ, fédération nationale des étudiants LGBTQ suédois. Je réfléchissait déjà à cette époque à ma vocation de militante et au fait que d'être présidente d'une asso avait changé et surtout révélé beaucoup de choses en moi, des choses que je chérissais comme le fait d'avoir confiance en moi, d'être travailleuse, d'avoir des objectifs qui me dépassent et une vision qui les desserts.
Linda, elle était présidente de SFQ depuis 3 ans. Elle avait 32 ans et était payée à plein temps pour ce job. ... exactement ce que j'aurai voulu pour le MAG. Je ne suis pas une fervente du professionnalisme des assos. Mais je sais d'expérience que diriger le MAG me prenait un temps et une énergie considérable et a fini par me demander une disponibilité qui allait au final bien au delà des 35h par semaines. Et bien je pensais sincèrement que si j'avais fait le choix de bosser autant c'était avant tout parce que le salaire symbolique était très important, et que je n'avais vraiment besoin de salaire pécuniaire (merci papa) ; être présidente et bosser autant me faisait un tel bien! Néanmoins je voyais le boulot formidable qui était accompli par SFQ au travers du séminaire et je sais qu'une telle qualité se rapporte à une asso où certains membres s'y consacre à plein temps.
Tels sont les sujets que nous avions évoqué ensemble avec Linda, le soir sur la moquette des salles de conférences vides ou du balcon qui donnait sur le magnifique parlement hongrois illuminé. C'est en contemplant celui-ci que je décidais de visiter mes nouveaux amis à Stockholm pendant l'été à l'occasion de l'Europride quelques mois plus tard...
Linda et moi avons gardé le contact sur Facebook et cette semaine de l'Europride à Stockholm fut terrible. J'ai pu voir Linda et Monika, traîner avec elles plus que je ne l'aurais pensé. Je découvrais Stockholm et ses charmes, je visitais les bureaux de SFQ, je rencontrais d'autres membres de cette asso, notamment Camilla, désormais présidente de SFQ, et d'autres encore. Je poursuivais mes longues conversations avec Linda, tant et si bien que lorsqu'elle me serra contre elle pour me dire au revoir le dernier soir, je su ce qu'elle disait à voix haute: elle aussi allait me manquer.
C'est cet été là, en revenant, que l'idée de partir à Stockholm s'imposa.