samedi 16 janvier 2010

Classe!

Comme beaucoup ici je pense, je fait partie d'une quantité de mailing-listes que j'essaye vainement de réduire au minimum. L'une d'entre elles est intitulée LGBTQ Youth World List. Il s'agit d'une mailing list de militants LGBTQ jeunesse de partout dans le monde. Il ne s'y passait pas grand chose quand j'y ai adhéré. Surtout des "qui a un contact au Pérou?" et "vous n'avez plus que trois jours pour déposer votre demande de subvention ici". Puis alors que les échanges étaient tous en anglais, tout le monde s'est mis à échanger en espagnol. Ne parlant pas l'espagnol, je m'était un peu éloignée.

Hier soir j'ai pourtant été surprise qu'un vrai débat s'amorce:

Une personne a lu cet article en anglais sur la libération queer et la lutte des classes et l'a trouvé intéressant. Elle est curieuse de savoir qui des autres membres de la mailing-liste incluent une analyse de classe dans leur travail. Où se situe le capitalisme dans notre militantisme? Est-ce que nous pensons que c'est nécessaire pour la libération de touTEs? Et Qu'est-ce que radical signifie?

Honnêtement je ne pense pas être la personne experte pour répondre à ces interrogations sur le capitalisme et la lutte des classes.
J'ai mon histoire personnelle avec le mot classe. C'est l'été dernier que pendant un atelier sur le concept de classe, j'ai vu ce mot sous un jour nouveau. Je le comprenait enfin comme un concept pour illuminer mon analyse des oppressions plutôt qu'un pivot de blabla sur le déterminisme social. La classe est un concept complexe et pas forcément enfermant. Comme le genre, la classe peut être à mon sens une narration qui apporte quelque chose à la compréhension de nos choix, de nos possibilités et des oppressions que nous subissons. Pendant l'atelier il nous a été demandé de nous concentrer sur un souvenir de notre enfance qui pour nous symbolisait la marque de la classe dans laquelle nous étions néEs. Je pense que c'est un exercice très intéressant à faire, il s'agissait de prendre quelques minutes pour y réfléchir et ensuite partager avec sa/on voisinE.
Je pense qu'on reconnaît surtout sa classe en comparant avec les autres, quand on est confrontéEs à la différence. Quand on est enfant on peut le comprendre très jeune. Mes parents (un couple hétérosexuel) se sont séparés alors que j'étais encore un bébé et j'ai grandi en voyageant d'une classe à une autre, donc c'était très facile pour moi. Et oui parce que la classe, c'est comme le genre c'est plus fluide qu'on ne veut bien le croire. Les divorces par exemple peuvent avoir pour effet de faire grandir les enfants entre deux classes. Ou bien certaines situations de la vie peuvent totalement vous faire changer de classe.
J'ai donc commencé par là, m'interroger sur les conséquences et les ramifications de ma classe sur ma vie. Ce qui m'a enfin permis de ne plus avoir honte du fait que j'ai été élevée dans une classe supérieure avec une culture sociale aristocratique. Oui, je sais, c'est du lourd. Bien sûr il me font toujours honte et d'ailleurs je les évite au possible. Mais je n'ai plus honte de faire mon coming out de classe. Parce que je pense que ce qui est honteux c'est de nier le fait que la classe d'où on vient a une influence sur les privilèges / oppressions qui affectent nos vies et celles des autres. Dans mon cas ce qui serait honteux c'est de ne pas reconnaître mes privilèges, de ne pas les analyser, de ne pas être sans arrêts conscientE dans mes choix de vies ou interactions avec les gens ou projets que j'entreprends que ça a une influence.
Ensuite je me suis vite enthousiasméE à incorporer ce nouveau concept dans ma grille d'analyse des oppressions afin d'un peu mieux comprendre le monde et comment le rendre meilleur. J'aborhe la notion "d'oppressions multiples". Ce truc est complètement idiot. Comme si les gens étaient bien rangés dans leur compartiments d'handicapés, de gouines, de femmes, de noirs etc. Je lui préfère le concept d'intersectionnalité. Oui parce que les oppressions intersectent en certains points, de manière générale, ou de manière contextuelle. Exemple de manière générale: l'âge convenable pour avoir des relations sexuelles pour les filles est moins élevé dans les classes populaires (zut comment on dit "working class" en français? populaire ça me paraît pas dire ce qu'il faut). D'ailleurs quand j'ai déménagé à l'âge de 12 ans chez mon père dans sa classe supérieure, et bien au collège parmi mes "semblables" j'étais bien la seule a avoir dejà eu une expérience sexuelle. Autre exemple: quand vous êtes handicapéE les gens considèrent que vous n'avez pas de vie sexuelle, encore moins une orientation sexuelle. Exemple contextuel: un jour quand j'attendais le bus de nuit avec des amiEs, un type m'a pris ma casquette, je suppose pour me provoquer. J'ai compris qu'il m'avait pris pour un mec quand j'ai ouvert la bouche. Là tout d'un coup, partant du nouveau présupposé que je suis une fille, il m'a rendu ma casquette. Nous devons être conscientEs que les oppressions ne partent pas toujours de nos identités, mais de ce que les autres croient voir. En matière de classe les apparences sont très trompeuses aussi parce que bien qu'une très petite partie de la société développe une culture de classe supérieure, une énorme partie de la société passe son temps à essayer d'imiter cette culture, à avoir l'air d'être de la classe supérieure.

Voilà pour ce que je voulais dire sur la classe. Pour le capitalisme je n'arrive pas encore à bien formuler ma pensée alors je laisse germer. Peut-être que cela peut en intéresser certainEs, il y aura une conférence sur le capitalisme et la libération queer à Berlin cet été, je ne fais que passer l'info, je ne suis pas sûre d'y participer.

Alors comment, si on s'intéresse un peu et qu'on est curieux, intégrer ces problématiques dans l'activisme LGBTQ jeunesse?
Bon aller à ce genre de conférence ou ateliers, pour s'éduquer, discuter, se faire son opinion.
Mais aussi soumettre ces thèmes à la discussion dans votre groupe ou votre asso. Une discussion honnête et curieuse ne fait pas de mal et peut-être qu'il en ressortira quelque chose.
Deuxio, regarder autour de soi dans son groupe ou son asso. Qui est là? des gens de toutes couleurs (je voudrais pointer au passage le fait que Blanc est une couleur), de tous les genres et expressions de genre? de toutes les orientations sexuelles (hétéro c'est une orientation sexuelle aussi hein)? toutes les dispositions? Essayez pleins de catégories d'oppressions et structures de pouvoir et remettez en question votre asso. Qui détient le pouvoir? qui n'est même pas là? qui ne se sent pas à l'aise? est-ce que le local/bureau de l'asso ou n'importe quel autres point de rendez-vous est accessible aux personnes handicapées? Il se peut que vous passiez pour l'emmerdeurSE de service. Mais c'est comme ça que les changements naissent, des critiques et des remises en question.




Enfin je voulais répondre ici à la dernière question qui je trouve est très intéressante et rarement posée de manière aussi candide: Qu'est-ce que radical signifie?

Même si tu ne fais pas devenir ton groupe soudainement un mouvement queer radical anti-capitaliste, ça vaut quand même le coup de prendre le temps d'évaluer quels sont les principaux objectifs que votre groupe soutient ou se bat pour. Et essayez de vous posez la question "est-ce que ça correspond vraiment aux problèmes quotidiens que des personnes qui fréquentent mon groupe ou mon asso?"
Par exemple l'article décrit comment le mariage et la filiation sont devenus les revendications prioritaires du mouvement LGBT à cause de l'appropriation du mouvement par les préoccupations classe moyenne capitaliste assimiliationiste et donc dominantes de certainEs.
Ca ne va pas vous surprendre d'entendre que le mariage et les enfants ne sont pas les principaux problèmes de la jeunesse queer mais plutôt l'estime de soi, l'éducation, la famille, l'isolation... alors pourquoi ne pas pousser un peu ces sujets en avant? Est-ce que c'est vraiment juste que ces sujets passent après le mariage et les enfants? Ca a un sens pour vous ça? En France 13 fois plus de jeunes homos/bis que d'hétéros se suicident. Qui meurt de ne pas pouvoir se marier légalement? Nos priorités sont à revoir!
En tant que personne transgenre (c'est à dire que j'ai une expression de genre qui ne correspond pas à ce qui est attendu de moi par les normes sociales selon le sexe qui m'a été assigné à la naissance), mon souci de tous les jours c'est comment je peut me sentir en sûreté dans les rues que j'ai envie ou besoin de traverser? Comment je peux arrêter tous ces gens qui me parlent comme si j'étais le problème et que je devrais leur dire merci pour être à peu près toléréE? Comment je peux arrêter de voir mon existence constamment débattue dans les médias comme si c'était une histoire de "style de vie" ou de choix alors que jamais on ne fait de débat si oui ou non les hétéros sont des gens bien, qui peuvent se marier ou pas, qui méritent de vivre ou pas??? Ce à quoi je fait face tous les jours c'est l'oppression.
Aujourd'hui je vis en Suède où les couples de même sexe ont le droit de se marier et d'avoir des enfants légalement. Je suis ravie pour eux/elles. Et sans ausun doute cela affecte toutes les luttes LGBTQ et quelque part ça a une influence positive sur chacun d'entre nous. Mais si vous pensez que la Suède s'est débarasséE des oppressions par cela, vous faîtes fausse route. C'est toujours une culture raciste, sexiste, classiste ... et c'est toujours homophobe et transphobe.

Ne laissez pas des hommes gays plus âgés vous dire ce qui est le plus important. Vous savez très bien ce qui est le plus important pour vous quand vous prenez le temps de vous regrouper et de parler de vos vies et de vos problèmes, ils ne vous laisserons pas parler si vous ne voulez pas jouer leur jeu (ils vous dirons que vous êtes trop jeunes pour comprendreou pour avoir une opinion, ils vous ridiculiserons peut être). Mais n'abandonnez pas. Le militantisme c'est de la survie. Se lever et rendre la survie et l'expression de TOUTE la jeunesse possible en dehors des normes hétéropatriarcales, voilà qui est déjà bien radical pour moi.

samedi 2 janvier 2010

Genderqueer ou les légendes urbaines de ma jeunesse.

Je me souviens d'une époque où les personnes trans et genderqueer ne peuplaient pas ma vie avec autant de diversité. Je me souviens d'une époque où j'étais le/a plus informéE de toutE, où je divaguait sur la théorie queer sans que personne ne m'écoute ou ne me comprennent.

A cette époque elles, ils et iels m'encerclaient mais en silence, à distance. Ce sont les légendes urbaines de ma jeunesse.

Quand j'avais 19 ans, je suis entrée, à force de creuser, dans le "milieu" gouine parisien. "Milieu " parce que tout le monde avait peur d'appeler ça une "communauté", trop politique, trop impliquant aussi. Mais c'était bien ça, avec ses codes de reconnaissances, sa culture, ses ouvertures, ses libertés, ses subversions, ses normes aussi.

Je fumais devant le Troisième lieu et j'observais une fille de loin. Ma copine m'avait dit qu'elle savait (par une ex qui était une de ses exs bien sûr) qu'elle voulait "se faire opérer des seins". Je n'avais jamais parlé à cette personne, je ne connaissais pas son nom mais je l'observais vivre quand on se retrouvait dans le même lieu. Je la remarquais où que j'aille et la regarder me plongeait toujours dans une méditation sourde.

Une pote me chuchotait au creu de l'oreille à propos de l'amour de sa vie passée : "Jo, quand je l'ai rencontré, elle allait au Dépôt* et baisait des mecs avec son gode noir dans les backrooms". La fascination agrandissait mes pupilles.

L'ex de ma copine me racontait son premier béguin, une fille qui s'appelait Tatyana et qui prenait de la testostérone pour augmenter ses muscles. Même méditation sourde quand j'y pensais. Et je me posais un milliard de questions sur ces filles que je ne recontrerais sans doute jamais. Pourtant j'en avais envie, je voulais leur poser toutes mes questions ou juste être à leur côtés pour me prouver qu'on existe.

Dans Stone Butch Blues il y a un personnage qui m'a rappelé ces filles là, Rocco.

"A ce moment là, la porte du bar s'ouvrit et tout le monde se tut. Debout dans l'embrasure de la porte, se tenait une montagne de femme. Elle portait une veste en cuir noir non fermée. Son torse était plat et il était clair qu'elle ne portait pas de binder. (...) Rocco. Sa légende l'avait précédée. (...)
Jan m'a dit un jour que Rocco avait été tabassé tellement de fois que personne ne pouvait compter. La dernière fois que la police l'a tabassé elle a frôlé la mort. Jan a entendu dire que Rocco avait pris des hormones et avait subit une opération des seins. Maintenant elle travaillait en tant qu'homme dans une équipe de construction. Jan a dit que Rocco n'était pas la seule butch à avoir fait cela. C'était comme un conte fantastique. Je ne le croyais qu'à moitié mais ça me hantait."

Le personnage principal du livre de Leslie Feinberg, Jess, passe sa transition puis sa vie de personne transgenre dans une solitude poignante, rejetéE pas sa fem, évitant les bars lesbiens et dans la peur d'être découvertE dans le monde hétérosexuel. Pendant toutes ces années elle pense à Rocco. Elle voudrait lui parler, elle la voudrait "comme une maison dans laquelle rentrer quand elle n'est pas assez forte". Elle n'a jamais parlé à Rocco, et Rocco ne sait sans doute même pas qui est Jess.

C'était avant. Avant qu'on ai les mots pour parler de nous. Avant qu'on cesse d'en avoir honte. Avant qu'on construise nos communautés d'aujourd'hui.

Genderqueer ça veut dire qui ne rentre pas dans la norme binaire du genre. Ca ne se définit pas en termes d'opérations, d'appareil génital, de chromosomes, d'hormones, de papier d'identités etc...

Genderqueer c'est une expérience, celle de la subversion.

... et du prix qu'on paye pour celle-ci, choisie ou pas, du prix qu'on paye pour tenter de nous exprimer et d'être nous-mêmes.

Parfois j'ai l'impression qu'être genderqueer c'est toujours être une légende urbaine.

Pour encore beaucoup d'entre nous, c'est encore une expérience qu'on vit en silence et solitaire. De mon expérience, de celles que j'ai lues, de celles que j'ai entendues. Peut être que ce silence vient du fait que nous n'avons pas les mots pour parler de nous, peut-être ne les aurons nous jamais car notre destin est de nous faufiler entre les cases et les grilles de compréhension de ce monde.

Je voudrais que toutes/s les genderqueers sortent de l'ombre et des racontards. Qu'elles, iels et ils ne soient plus des légendes mais des réalités qui parlent de leur vies de leur expérience et de ce pourquoi on veut se battre plutôt que de ce qui nous sépare ou définit.

Et je vais commencer par moi.

Je suis genderqueer. Je ne me définit ni comme une femme, ni comme un homme. Parfois si. Mon genre est complexe et contextuel.

J'ai l'impression que que le problème que je rencontre en tant que genderqueer s'articule autour de mon invisibilité/visibilité.

En quelque sorte je passe pour ce que je suis tous les jours, et d'un autre côté je ne passerais jamais pour ce que je suis tant que notre culture aura une grille de lecture du genre aussi binaire.

Je ne passe pas vraiment pour un homme, ni pour une femme. J'engendre la confusion. En un sens c'est passer pour ce que je suis, un être inintelligible dans une société binaire, c'est bien ce que je suis. Mais personne ne se dit "ah mais oui bien sûr cette personne est genderqueer, que je suis bête". Je ne me fais jamais traiter de "sale genderqueer" dans la rue.

Cette invisibilité me fait souffrir. Elle me réduit au silence. Je me dis que les gens ne peuvent pas comprendre, que c'est juste trop compliqué pour le commun des mortels. Je me dit que j'aimerais bien qu'on me parle avec des pronoms neutres mais que ça n'est pas possible dans toutes les langues, que la plupart des gens ne savent pas que ça existe, que c'est dur de changer sa façon de parler. Dans la communauté trans j'ai peur que tout le monde pense que je ne suis qu'un FTM (Female-To-Male) en début de transition ou sur le point de transitionner. Je n'arrive toujours pas à trouver la réponse à la question de si je fais partie de cette communauté ou pas, SUIS-JE trans ou pas?

De ma visibilité je tire pas mal de souffrance aussi. J'ai souvent peur. Je peux m'amuser à confondre les gens, malgré les représailles. Mais parfois je suis juste terrifiée et je me prends à développer des stratégies pour qu'on me fiche la paix. qui ne le fait pas? Est-ce que ces stratégies contextuelles ne sont pas un peu nous aussi. Je n'aime pas ça pourtant. Je voudrais pouvoir exprimer de la masculinité et de la féminité parce que j'en ai envie, pas parce que c'est la seule solution de survie. Mais on se trouve tous/tes entre ce que l'on veut être et les possibilités qu'on a. Et les choix stratégiques que nous faisons en disent aussi un peu sur nous, mais ils ne disent pas tout.

Parfois ça ne change rien à ma vie non plus. Parfois je me demande si je suis taréE ou si c'est bien la société qui a un problème et pas moi. Jusqu'à ce que j'entende une autre voix similaire à la mienne qui sort de l'ombre.

mercredi 28 octobre 2009

Je te tolère, tu me tolères

Suite à mon article sur ce qu'est la Tolérance, je désire maintenant partager avec vous un outil simple et efficace pour arriver aux mêmes conclusions sans grandes théories.

Laissez moi vous présenter un exercice appelé "I tolerate you" ou "l'exercice de la Tolérance".

Qu'est-ce que j'entends par "exercice"? Une sorte de jeu, une activité à faire en groupe qui permet d'impliquer nos corps dans la réflexion, en particulier pour celui-ci par le moyen de la simulation.

Il faut quelqu'unE qui organise l'exercice et s'assure de son bon déroulement du début jusqu'à la fin et ça pourrait être vous!

voici l'exercice.

Exercice de la Tolérance:

L'exercice de la Tolérance est une simulation dans laquelle les participants font l'expérience à la fois d'être tolérés et de tolérer. Cet exercice a pour but de faire réfléchir les participants sur la tolérance et d'étudier le pouvoir et l'influence de celles et ceux qui rentrent dans la norme.

1ère partie.

Demandez au groupe de se promener dans la pièce ou l'espace donné et de s'arrêter à chaque personne qu'iels rencontrent. Lorsqu'iels rencontrent une autre personne ceux ci sont invités à faire un commentaire sur l'apparence de cette personne. ATTENTION: ce commentaire doit être NEUTRE.
Par exemple il y a une énorme différence entre: "Je vois que tu as un T-shirt blanc" et "Ton Tshirt a une couleur atroce". Vous notez la différence n'est-ce pas?
La personne qui reçoit le commentaire doit dire "MERCI" puis continuer son chemin.

Pour expliquer l'exercice au groupe il peut être bien de montrer l'exemple ci dessus avec une personne que vous auriez briefé avant.

Donnez 5 min environ au groupe pour faire ça (ça dépend de la taille du groupe).

2ème partie

Demandez au groupe de faire la même chose, se promener dans l'espace et s'arrêter quand iels rencontrent quelqu'un et de commentez l'apparence de cette personne, cette fois en précisant qu'iels le tolère.
Par exemple: "Je vois que tu as un T shirt blanc et je le tolère." ou "et ça ne me dérange pas", "ça ne me gêne pas".
La personne en face doit répondre "MERCI".
Encore une fois montrez l'exemple avec un complice.

3 ème partie.

Faîtes des groupes de 3. Dans chaque groupe 2 participantEs commentent l'apparence de la troisième personne en précisant qu'iels tolèrent celle-ci.
Par exemple: "Je vois que tu as un jean bleu, mais tu sais je n'ai rien contre" et la deuxième personne dirait "oui j'ai des tas d'amis qui ont des jeans bleus, même si moi-même je n'en porterais pas".

Montrez l'exemple avec deux complices.

(Je pense que c'est très important de montrer un exemple avant chaque partie de l'exercice.)

4 ème partie.

Après un tel exercice, il est capital de faire un débriefing. Faîtes asseoir le groupe en cercle, parlez et bougez lentement, de manière à créer une atmosphère de calme dans laquelle chacunE peut se sentir en sécurité pour s'exprimer. Asseyez vous aussi.

1)Commencez par remerciez le groupe d'avoir participé à l'exercice. Un exercice ne peut bien se passer si les participantEs ont la volonté de jouer le jeu et que ça se passe bien.

2) Demandez au groupe de prendre quelques minutes de réflexion et ensuite invitez les participantEs à exprimer les émotions et pensées qui leur viennent par rapport à l'exercice.
Cette discussion peut prendre très vite la forme d'un débat, soyez vigilant et posez vous en position de modérateur/rice. Il s'agit de faire en sorte que les participantEs ne se coupent pas la parole, restent respectueux des opinions différentes et expriment leur vues de façon constructive avec le reste du groupe.

4) Demandez leur ce que ça leur a fait d'être toléré? de tolérer?

5) Réflexion sur la société. Qui est toléré dans notre société? qui tolère?

6) Pour théoriser un peu vous pouvez leur demander quels sont selon eux les avantages et les inconvénients de la tolérance. Diviser une feuille en deux et lister les avantages et les inconvénients. Quelle colonne comptabilise le plus de commentaires?

Voilà bonne chance. Cet exercice a tout à fait vocation à avoir lieu dans votre asso mais aussi pendant une intervention dans une classe. La tolérance est un concept (malheureusement?) très bien connu/répandu et vous frapperez toujours dans le mile.

mardi 6 octobre 2009

Qu'est-ce que la tolérance?

Je suis malade d’entendre les militantEs LGBT de tous bords et de partout dans le monde clamer que nous voulons plus de tolérance. Ca fait encore plus mal que d’entendre les politicienEs appeler à la tolérance. Qu’eux ne comprennent pas ce qu’iels font, je peux comprendre. Qu’est ce
qu’on sait de la tolérance quand on est un homme blanc hétérosexuel chrétien et pas handicapé ?

Voici ce que je pense de la Tolérance : la tolérance c’est de la merde.

Maintenant que ma colère est sortie je vais expliquer plus en profondeur ce qu’est la tolérance.

Etymologie : Tolérer vient de tolerare qui signifie supporter, endurer. Si c’est ça le but ultime de votre combat militant, que les gens normaux (qui rentrent dans la norme mâle, blanche, hétérosexuelle et pas handicapée) parviennent à nous endurer ; pas franchement enthousiasmant. Je ne comprends pas comment ce mot peut motiver les foules.

Définition d’un dico :

Tolérance : respect des opinions et de la liberté d'autrui, respect des différences

Oui c’est ça. Blablabla. Désolée mais moi je ne respecte pas toutes les opinions vu que je n'ai aucun respect pour l'homophobie, la transphobie, le racisme etc, je ne respecte pas la liberté de certainEs à m'oppresser.

Qu’est ce que la tolérance donc, je vais vous le dire moi, la tolérance c’est une relation de pouvoir inégalitaire.

Est-ce que cela a du sens que les pédales tolèrent les hétérosexuelLEs ? Non. Réfléchissez bien ! qui « tolère » dans nos sociétés ? Les gens normaux, comme je l’ai dis plus haut ! Est-ce qu’on nous demande notre avis à nous ? NON. Certaines personnes dans cette société tolèrent et d’autres sont tolérées. Tolérer les autres c’est un PRIVILEGE, qu’on se le dise. Or quand je tolère quelqu’un je ne fait rien d’autre que jeter à la figure de cette personne à quelle point je suis privilégiéE. Je lui rappelle que comme j’ai ce privilège, je suis supérieurE, iel est inférieurE.

Votre vie, vos choix, votre existence en tant que gouines pédés bis ou trans ne devrait pas être sujet à l’opinion des autres ! Vous existez, point barre, maintenant c’est aux autres de s’y faire.

Dans le même registre, rien ne m’énerve plus que les genTEs qui disent que les homos ne sont pas différentEs, "ce sont des gens normaux", pensant dire un truc bien. Mais en y réfléchissant, dire de quelque chose ou de quelqu'unE que c’est « normal » c'est-à-dire « que ça correspond à
la norme », que ça n’es pas « différent », c’est un privilège. Qui êtes vous pour me dire que je suis normalE ? Si vous n’étiez pas dans une position privilégiée, vous ne le diriez pas. Je hais quand les gens me rassurent sur le fait que je suis normalE. Je ne le suis pas et vos coups, vos lois, votre
silence, votre ignorance, mon invisibilité me le rappelle tous les jours. En venant me dire que je suis normalE, vous ne faîtes qu’invisibiliser ma différence, comme si j’étais pas assez invisible comme ça. Vous ne faîtes que me rappeler à quel point je suis anormale, pousséE dans une une
position de toléréE, d’inférieurE.

Arrêtez pitié d’essayer de me rassurer. Je ne suis pas normalE, je ne correspond pas à la norme sur tellement de plans. Je le sais. J’en suis contente. C’est ma richesse, mon identité, ce qui fait que je suis là pour changer le monde.

mercredi 16 septembre 2009

SVE en Suède

Salut,

Mon SVE a beau se terminer dans 5 mois, SFQ cherche déjà de nouveaux volontaires qui pourraient commencer pendant le premier semestre 2010.

Si ça vous intéresse de bosser à la fédération des étudiants LGBTQ suédois, envoyer un mail à evs@hbtqstudenterna.se/.

Je vous le conseille,

Bises

mercredi 9 septembre 2009

SVE en Lithuanie

A touTEs ceux qui lisent ce blog en rêvant d'un SVE dans une association LGBT, sachez que c'est rare mais possible!

Une petite annonce: l'association LGL, Lithuanian Gay League cherche unE volontaire à Vilnius.

Pour en savoir plus sur l'association: ici

n'hésitez pas à me contacter ou à les contacter directement.

Bonne chance!

vendredi 10 juillet 2009

Ouverture

Coup de gueule contre l'Agence Nationale Française

J'ai déposé, le premier juin dernier, une demande de subvention pour un projet d'échange de jeunes auprès de l'INJEP, Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire.
L'INJEP est l'agence nationale du programme Jeunesse en action en France.
Il s'agit d'un projet européen, basé sur un partenariat entre Etudions Gayment, association d'étudiants LGBTQ de Nanterre et SFQ, fédération suédoise des étudiants LGBTQ. Le projet est très clairement militant, très clairement queer et il s'intitule "Hétéronormativité et prévention - Agir localement".

Sans surprise, toutes les agences nationales font de même, le délégué régional Ile de France du programme Jeunesse en Action me demande des "compléments d'information" par rapport au projet.

Première question: "nous nous inquiétons de l'ouverture de votre projet".

Ouverture? Quel curieuse inquiétude! C'est la société qui doit être ouverte, pas nous!

Curieusement ça me rappelle ce que mon père dit toujours à propos de mon engagement militant: "Tu devrais t'ouvrir à d'autres sujets". Il est très inquiet à l'idée que je "m'enferme dans le militantisme homo".

Ca n'en a peut-être pas l'air à première vue, mais ces inquiétudes reflètent une hétéronormativité et une homophobie indéniable. A mon père, je demande si, honnêtement, il me dirait la même chose si je travaillais dans une association pour les droits des personnes handicapées. Mon père n'est pas de mauvaise foi, il me répond honnêtement que non. Cette peur que je "m'enferme", c'est typiquement l'hypothèse d'un "communautarisme homo", cette idée que les personnes LGBTQ ne veulent que rester entre elles, former une communauté à part et se séparer de la société (comme si c'était vraiment possible!). Un fantasme homophobe de plus qui est très courant chez les intellos et politiciens qui n'ont "rien contre notre mode de vie" (pas comme ces crétins de religieux ou ces ignorants des campagnes hein) mais émettent des inquiétudes voire desaprouvent notre désir soi disant "sectaire" de vivre en sécurité et d'être nous-même. Et ceci n'arrive qu'une fois par semaine, ou une fois par an pour la plupart d'entre nous. Mais c'est toujours trop pour ceux qui nous gouvernent. Aucun d'entre eux ne se dit que peut-être le problème vient surtout de la société et de ses normes, pas de nous. Non! Non seulement on se fait tabasser et traiter de façon différente et inférieure tous les jours mais en plus il faut qu'on soit "ouvertEs"! Plus ouvertEs à leurs discriminations, plus ouvertEs à leur ignorance, plus ouvertEs à leurs insultes, plus ouvertEs à leurs coups. Quelle bonne idée.

Ce fantasme du "communautarisme sectaire des homos" est répandu partout dans le monde. Mais je trouve qu'il a une particularité française. La France est une "république une et indivisible". Cela ne veut pas dire que tous les politiciens ont peur du communautarisme, cela signifie que tous les politiciens sont totalement CONTRE les communautés. Contre l'idée même de communauté. En France, à force de vouloir à tout prix éviter le multiculturalisme à l'américaine, on a décidé de nier totalement l'existence des communautés qui forment notre société. On ne prononce même pas le mot, c'est tabou. Sauf pour dénoncer le communatarisme de l'une d'entre elle. Il y a même, je dirais, une totale confusion entre le mot communauté et le mot communautarisme. C'est blanc bonnet et bonnet blanc. Et ça n'est pas seulement un truc de politicien. C'est la culture politique française dominante dans son ensemble qui ferme les yeux par peur de faire comme les AméricainEs. Désespérant.


AgacéE par cette homophobie latente et très française dont fait preuve l'Agence nationale de mon pays (alors que l'Agence nationale suédoise n'aurait jamais demandé ce genre de compléments!), j'ai décidé d'écrire une réponse pédagogue mais ferme.

Que je vous offre le plaisir de lire ci dessous:




En ce qui concerne l’ouverture du sujet, nous aimerions souligner à quel point les questions de genre et d’orientation sexuelle sont transversales. Tout un chacun dans cette société, qu’il le choisisse ou pas, doit se définir une identité de genre et les normes qui accompagne les concepts d’homme et de femme, de masculin et de féminin, sont vecteurs d’oppression pour tous les jeunes, LGBTQ ou non. De plus, tout le monde a une orientation sexuelle, homo, bi ou hétérosexuelle. Les jeunes de tous contextes sont particulièrement en prise à ces questionnements à l’âge où il leur est demandé de devenir des hommes et des femmes, avec tout ce que cela implique en matière de comportements admis ou non, de ce que l’on doit taire, de ce qu’on attend d' eux/elles en matière d’expression, de sexualité, de choix de vie… et de l’inégalité qui s’installe. SFQ et EG sont deux associations féministes et qui s’engage tous les jours à lutter contre l’inégalité homme-femme et les normes du genre. Cette dimension sera présente dans toute la mise en pratique de nos activités. Nous pensons également que la lutte pour la reconnaissance des personnes qui ne se reconnaissent ni homme ni femme doit être visibilisée.

Voyez les différences culturelles, il a aussi fallut que j'explique à l'Agence nationale ce que signifie "queer". En Suède beaucoup de militants s'en sont chargé avant moi. En France nous sommes des pionnierEs!